Compagnie Théatre 7
POUR UN OUI OU POUR UN NON

de Nathalie SARRAUTE
 

Les témoignages des spectateurs


Je suis là, ouverte, offerte, lisse comme la surface d'un mur sur lequel on projetterait des émotions en diapositives, prête à capturer au vol ces fugitives et éphémères sensations de vécu, le coeur en attente d'un trouble, d'un émoi, d'un frisson par procuration. Deux hommes paraissent, face à face, duel sans épées, duel de mots. Leur corps parlent aussi, dialoguent sans se toucher. Les langues claques, puis se délient. Peu à peu, dans l'intimité de la scène je visite leurs chemins qui divergent. Enfin je vis : le spectateur devient acteur. Je ne suis ni l'un, ni l'autre, et pourtant, je suis tantôt l'un, tantôt l'autre, quand une parole fait écho en moi, résonne en mon intérieur. Dans leur rapport de force, c'est à moi-même que je m'oppose : confession intérieure, regret, reproche d'être tombée dans les pièges de l'amitié :

- Distance. Toujours trop proche ou trop loin, succession d'attirance et de rejet.

- Histoire qui navigue dans les eaux tourmentées de la passion. Jalousie. Désir de possession. Excès. Mots d'amour.

Nos deux escrimeurs de Verbe progressent sur ces voies, se perdent dans les méandres de leurs sentiments, de leurs interprétations, de leurs projections... Ils se blessent à l'âme. Leurs armes sont ces gros, petits ou doux mots qu'on voulait dire et qu'on n'a pas dit, ou qu'on voudrait ne jamais avoir dit, ces gestes maladroits, esquissés, déplacés, effacés, réprimés, ces touts et ces riens, ces oui ou ces non.

Parce qu'on a tous un ami perdu dans un petit coin de mémoire et qu'on n'a pas su garder : aimer d'amitié.

Les deux hommes font remonter à la surface de la conscience ces souvenirs de moments passés ensemble et déjà plus partagés. Souvenirs d'un passé que j'aurais préféré oublier : ce temps où je me regardais dans le miroir des yeux de l'autre sans plus y voir mon reflet.

 
Nora  Roselen (Passion Théâtre)  




Deux amis se sont fâchés et s'expliquent ici sur les raisons de cette brouille. Une phrase a déclenché la rupture. Trois mots, en fait, et cela pourrait faire sourire : "C'est bien, ca" ou plutôt "C'est bien,..., Ca", encore que la nuance soit assez difficile à traduire par écrit. Il faut l'entendre pour le croire.

Et pourtant, ce sont souvent ces petites phrases en apparence si anodines qui sont à la source de si profonds malentendus. Le texte touche, tant il nous donne ici un "concentré" de l'absurdité de la vie de tous les jours. J'ai souvent retrouvé dans les paroles ou anecdotes évoquées ici ma propre difficulté à communiquer.

Même si la pièce m'a globalement captivé, quelques points m'ont laissé interrogateur. Je me demande par exemple pourquoi les deux protagonistes sont, à quelques détails près, vêtus de la même façon. Je m'interroge aussi sur ce petit décor, réplique identique du décor grandeur réelle. Quels sont les symboles qui s'y cachent ?

 
Claude  Penn   (Passion Théâtre) 
 

- Pourquoi tu m' fais la gueule?

- Mais j' te fais pas la gueule.

- Mais si !

- Mais non !

Dans ce spectacle, on prend conscience qu'une amitié que l'on croyait indétrônable peut parfois chavirer pour un oui ou pour un non. Or c'est une expérience à laquelle chacun d'entre nous est, a été ou peut être confronté un jour. Mais ce spectacle à la fois émouvant (par le complexe d'infériorité d'un être par rapport à un autre) et révoltant (on ne peut pas gâcher une si belle et longue amitié comme ça, pour rien, pour un oui ou pour un non) m'a permis de prendre du recul par rapport à mon expérience personnelle et de me rendre compte combien, dans de telles situations, on peut être ridicule, stupide, bornée et étroite d'esprit. Avec une mise en scène très simple (les deux acteurs seuls sur scène, dans un décor quasi-inexistant) et un jeu d'acteurs subtil, c'est comme un miroir qu'on nous tend pour nous dire : "Regardez-vous, regardez comme vous pouvez être débile par moment!". Les acteurs ont des échanges de regards ou bien des regards plongés dans le vide, qui en disent parfois plus que les mots et par lesquels je pouvais pénétrer dans leurs pensées, deviner chaque émotion que pouvait ressentir le personnage comme si c'était moi qui pensais ou ressentais à sa place.

 
Anne-Laure  Barrou    (Passion Théâtre) 
 

Dans un décor de madriers séparant des "vitres" opaques deux hommes s'affrontent. Ce sont deux amis, mais un différent les a séparés et l'un cherche à savoir pourquoi l'autre s'est éloigné alors que rien ne s'est passé entre eux. Rien sauf... un mot, dit d'une certaine façon et entraînant chez l'autre une idée de condescendance insupportable qui l'a presque fait rompre leur relation d'amitié établie depuis longtemps.

C'est un petit délice de voir ces deux hommes discourir sur l'interprétation d'un ton employé dans un mot dénué d'intérêt ! Ou comment se tirlibichonner l'esprit à essayer de comprendre le pourquoi de l'emploi d'un mot à un instant précis... et divaguer ainsi au risque de perdre un ami, mais aussi au risque de paraître ridicule car au fond, rien ne s'est vraiment passé. La présence du décor en miniature permet de faire intervenir des personnages (les voisins) sous forme de marionnettes en carton comme juges du fait, de l'intonation, et ainsi rendre encore plus ridicule l'attachement de l'un pour ce mot : C'est bien... ça !

 
Fabienne  Lerme-Simian    (Passion Théâtre) 


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